01 octobre 2008

les vacheries - 2

Les premiers pas hors de l'étable. (source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)

Vers la Saint Urbain, vers le 25 mai donc, la ferme se mettait en mouvement. Tôt le matin suivant la route à faire, les adultes et les génisses pressées, partaient en tête, précédées de deux pâtres et de chiens en nombre suffisant.



Le grand départ (source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)


les jeunes fofolles précédées elles aussi de personnel à même de calmer leur ardeur. De-ci, delà, la cohorte beuglante, sonnante et odorante était jalonnée par des vachers expérimentés, chargés d'assurer la bonne marche jusqu'à l'estive.


En route pour la montagne (photo internet)

Quelquefois les rares jeunes veaux nés en fin d'hiver étaient portés dans une charrette contenant les seaux de lait, les gerles et la baratte, tirée par l'âne de la ferme. Ce dernier avait un rôle important nous le verrons, dans certaines vacheries. En particulier au retour.

La traite sur place (photo internet)

Toute la troupe passait l'estive sur les hauts sommets cantaliens et se repaissait de délicieuses graminées, d'une foultitude de savoureuses fleurs parfumées et bonnes pour la santé. Et pour nos bons fromages bien sûr.



le buron de Cabrespine, un des mieux conservés.

Le personnel était logé dans les burons, ces bâtisses tapies à flanc de montagne, abritées du vent frais de la nuit par les crêtes et parfois du soleil de plomb des journées torrides par de grands tilleuls ou des hêtres séculaires.

Un buron dans le cirque de Mandaille. (photo internet)

Les bâtiments comprenaient des loges pour les cochons et une pouponnière pour les veaux à naître. Un jardin potager était entretenu pour agrémenter les repas.

Une vacherie à la Brèche de Roland. (photo internet)

La vie était belle là haut pendant ces cinq mois d'isolement. Sauf peut être pour les jeunes pâtres. Un homme est un homme, la nature est la nature!

les bâtiments de cabrespine

Bien sur les troupeaux n'ont pas déserté la montagne. Seul le mode de transport à légèrement changé en particulier dans les secteurs des grands axes routiers. Les derniers kilomètres se font comme autrefois.

Les plateaux du cézallier (source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)

Les longs mois d'été, les troupeaux bénéficiaient des herbages tendre et du grand air du massif central à une altitude moyenne de 1200 mètre.



On est vachement bien à cette altitude!! (source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)

Durant l'estive, il arrive que des naissances aient lieu. La race de Salers est une des rares avec une pyrénéennes à avoir ces qualités de rusticité. Le fermier a rarement en effet l'occasion d'intervenir. Et les veaux sont laissés sous la surveillance attentionnée de leur mère. Gare au touriste qui voudrait prodiguer des caresses au "bedélou" . La vache de Salers est réputée pour son esprit maternel. Une mère ne s'éloigne pas de son jeune veau malade.


(source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)


Ainsi Lorsque le fermier veut traire une mère, il fait venir le veau au pied de sa mère, il le laisse boire quelques gorgées de lait puis attache le veau à un antérieur de sa mère. Ainsi leurrée, elle se laisse traire.


la traite en montagne. (photo internet)

les vacheries - 1°

"Montade pour touristes" (photo internet)

Pour moi le terme Vacherie n'a pas le sens qu'on lui donne habituellement, Même si ça n'est pas moi qui l'ai inventé. Une vacherie pour nous, vieux (mais faut pas exagérer) cantalou soixantehuitards, c'est un troupeau de bêtes à cornes qui se déplace soit de bas en haut soit inversement. Je m'explique.

ferme sur le plateau de vendogres (Marmanhac)
Il est un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, où les fermes de mon pays hébergeaient encore de nombreux troupeaux de vrais ruminants.

le bétail avant le départ, début du printemps. (source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)

Pas ces ordinateurs à pattes qui ne font que manger et bouser, (vous voyez que je peux être poli parfois. Je dis ça pour ma mère qui rougit quand j'écris "macarel") la tête coincée dans un carcan métallique. Pas ces baudruches blanches et noires qui s'empiffrent de granulés (faits parfois avec leur congénères crevées) et qui toisent d'un œil torve tout ce qui bouge dans leur champ de vision.
"usine à crottes" (photo internet)

Non je veux parler des Salers. Ces fières descendantes des aurochs de nos gaulois ancêtres. Ah!! qu'elles sont jolies les vaches de mon pays!!! Zaïzaïzaï!!! Qu'elles sont attendrissantes avec leurs grands yeux noirs si expressifs; Avec leurs longues cornes en forme de lyre, leur toison couleur de lave en fusion, bouclée en hiver, rase et soyeuse lorsqu'elles broutent, l'été, les planèzes et les plateaux du Cézallier. Un amour de vache française.



une génisse au puy de Bassierou.

Lorsque j'étais enfant, la plus part des fermes du département comptaient au bas mot une vingtaine de vaches, ça vous semble peu comparé avec les entreprises modernes mais j'ajouterais à cela presque autant de veaux, deux bœufs pour les labours, travaux divers et fenaisons; un certain nombre de doublonnes (deux ans); de tersonnes (trois ans) et de génisses (en âge de vêler), sans compter le chef du troupeau, le reproducteur, le galant, j'ai nommé le taureau.
Photo prise au col de légal

Un spécimen de la race, aux cornes assassines, au large poitrail et aux épaules de déménageur (ça lui arrive parfois de le faire avec les vacanciers imprudents traversant les prairies).
Vous imaginez mon courage pour prendre ce cliché?

Les plus impressionnants ont des airs de bisons avec leurs échines d'adonis. Tout ça vous faisait un cheptel non négligeable, surtout lors des déplacements sur l'asphalte de nos routes pittoresques. D'autant qu'on pouvait y adjoindre les troupeaux moyens des voisins et amis.
Hiver très rude! (photo internet)

Ce bétail passait l'hiver, plus long que rigoureux, à l'étable et en ressortait frémissant au printemps où il paissait l'herbe nouvelle et les tendres pissenlits. Fallait les voir les plus jeunes, effectuer des sauts de cabris en sortant des bâtiments.
Le puy Chavaroche au printemps (photo internet)

Lorsqu'à la mi-mai, les montagnes s'étaient débarrassées de leurs coiffes de neige et que l'herbe était devenue rase dans les pâtures, la décision était prise de faire la transhumance. La "montade" on l'appelait. Elle se faisait à la ST URBAIN, jour de grande foire à Aurillac.
Sortie de printemps à Marmanhac.

Ca n'était pas ces joyeuses fêtes champêtres pour touristes en mal de souvenirs empruntés à nos frères suisses. On ne ridiculisait pas encore nos pauvres bestioles en les affublant de sapins enguirlandés et de rubans de fleurs encrêponnés comme le font nos voisins les aveyronnais (je trouve qu'ils copient beaucoup ceux là, surtout notre cuisine. Mais on en reparlera). On ne leur mettait pas des sonnailles d'opérettes qui leur font baisser la tête de honte. Chez nous, on a le sens du ridicule Môssieur!!!!



(source : www.elevage-salers.fr de Vincent Rodde)

Non! On ne faisait pas dans les dentelle (du puy). La croupe des bêtes étaient débarrassée de leur croûte de fumier de sept mois d'étable. Leur pelage nouveau resplendissait au soleil de printemps. Pas besoin de fioritures. Hop!!!! Drop el Djebel!!! comme dirait Patrick.


Taureau d'opérette pour touristes. (photo internet)
A suivre........................