03 novembre 2018

Donner des noms aux "rues" ou comment diviser un village.



Si je réveille aujourd’hui  mon blog qui  était en sommeil, c'est pour mettre en évidence une décision pour le moins arbitraire du conseil municipal de mon village qui divise une bonne partie de la population.  Il s'agit de la dénomination des chemins et artères desservant les  hameaux de la commune entre eux.
Et le comble c'est que l'équipe municipale a délibérément évité de faire appel aux suggestions de habitants de la commune. Le "comble du comble" est que, je ne sais pour quelle raison,  on a voulu féminiser toutes les nouvelles voies de communications et ce en faisant fi de raisonnable. Un travail de sagouin. Personne semble-t-il n'a émis la moindre critique au sein de l'assemblée municipale qui vraisemblablement n'a pas eu elle même son mot à dire. Circulez y a rien a voir.

La dénomination des voies et édifices publics relève de la compétence du conseil municipal en vertu de l’article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales. La compétence du conseil municipal dans ce domaine fait l’objet d’un contrôle de l’erreur manifeste d’appréciation par le juge administratif.

La dénomination attribuée à une voie ou un édifice public doit être conforme à l’intérêt public local. À ce titre, l’attribution d’un nom à un espace public ne doit être ni de nature à provoquer des troubles à l’ordre public, ni à heurter la sensibilité des personnes, ni à porter atteinte à l’image de la ville ou du quartier concerné. (CAA Marseille, 12 novembre 2007, ville de Nice, req. n° 06MA01409)

Pour éviter tous  types de polémiques, nombre de collectivités donc choisissent la concertation, et consultent la population d’une façon ou d’une autre en amont de la décision. Même si rien, légalement, n’y oblige les élus, cette attitude semble de bon sens, notamment dans tous les cas qui peuvent prêter à débats. Ce qui n'a pas été le cas ici.

Avec beaucoup de tac et d'intelligence, de nombreuses communes alentour  ont conservé ou officialisé les appellations vernaculaires, usuelles, pour respecter les habitudes, l'Histoire des lieux...:
Route des crêtes, chemin du lavoir, carrefour du calvaire (croix des missions)  route du Mercadier.... 

En février 2018 la mission de dénomination a été acceptée par une conseillère municipal non native du secteur, et sans doute pas du cantal. En effet, le manque de sensibilité de cette dernière, le manque de concertation avec la population et une bonne part d’entêtement a produit un panégyrique ""féministique"". Et l’équipe municipale ne semble  pas avoir eu son mot à dire. "" J'veux voir qu'une tête ! Rompez nom de dieu"""




Une liste d'appellations dont certaines plutôt fantaisistes est diffusée in fine du bulletin municipal.

Pourquoi ne pas avoir garde ""les camps français" ? Ces lieux étaient pendant la guerre de cent ans le camp  des troupes alliées au roi de France dans cette partie du  Cantal occupé par les Anglois qui occupaient le château de Roquenatou.

Germaine Tillion ne faisant pas partie de l'Histoire locale, un autre personnage du cru pouvait bien prendre sa place. Ou tout simplement conserver "La Contie" une ancienne communauté religieuse qui a marqué la commune. Ou donner le nom du Chanoine Bonhomme son remarquable Père Prieur. Un homme d'une belle prestance.

Bref....





C'est le hameau d'Aubin qui remporte le plus de suffrage de soutien contre un nom qui souligne le ridicule de la campagne de déculturation du Vernaculaire. Ce sympathique groupe de maisons typiquement montagnard et de stabulations libres est ravalé au niveau de ruelle de lotissement bobo. Et ça ne s'arrête pas là. On aurait voulu ridiculiser ses habitants essentiellement ruraux et fiers de l'être, on n'aurait pu trouver mieux. Et ils l'ont ressenti comme tel. 

On les parque  rue Coco Chanel. Je plains le fermier qui va devoir résider au n°5. Je vous assure qu'on grince des dents sous les chaumières et on rit sous le manteau au village.


 

Entre-Deux-Rieux est un groupe de fermes et anciennes fermes et quelques maisons, blotti entre un horrible champ de panneaux solaires, appartenant à un non résident, et une crête qui lui dissimule la vue sur la vallée.  A environ 800 ou 900 mètres d'altitude. Pourquoi avoir donc choisi les noms de Florence Arthaud et Camille Muffat deux femmes ""aquaphiles"". Simplement parce que leur mort
commune les a réunies? Elles n'ont jamais nagé ou navigué sur les dits  Rieux. Je n'arrive pas à saisir.




PERUEJOULS : Que du pompeux, du prétentieux, du "exotique". Pas un rappel aux célébrités autochtones ou au moins régionales.



Le Mas de Sédaige :

Ce hameau rural a désormais le privilège de posséder une rue des plus longues pas loin de deux kilomètres et des moins peuplées de la vallée de l'Authre environ quinze habitations éloignées les unes des autres. Pourquoi avoir donné à cette route qui relie mon village à celui de JUSSAC le nom d'une des reines de France les plus haïes de son temps et des plus contestées par les Historiens? Catherine de Médicis. Passons sur sa moralité.

On aurait pu lui attribuer celui de Marguerite de Valois.    En effet cette plutôt sympathique princesse, fille de la précédente a marqué l'Histoire de notre département de ses pas dans les escaliers de la forteresse de Carlas.

Et que vois-je au centre du hameau? L'impasse du ruisseau est bien à plus de cent mètres du "ruisseau du Fau".  Là, je ne vois pas!

 










GIMEL se situ à un kilomètre à la sortie Est du Village. Curieusement un sexisme éhonté et une erreur flagrante sur la vie de Katia Kraft ressort de ces dénominations arbitraires. Je me souviens bien de cette sympathique et  enthousiaste vulcanologue qui ne passait jamais à l'antenne sans son non- moins sympathique mari. Jamais on ne parle de l'un sans évoquer ou associer l'autre, d'autant qu'ils sont partis tous les deux ensemble, peut être auraient ils voulu qu'il en fût ainsi.

Mon village doit bien être le seul à isoler Katia dans l’au-delà. Et ça c'est pas bien. Même Macron n'a pas séparé Simone Veil de son mari au Panthéon.

Et bien souvent on lit rue Pierre et Marie Curie sur les panneaux.




MEZERGUES  : C'est là que j'habite depuis la mort de ma femme, dans la maison de mes ancêtres.
Bien sûr on ne pouvais pas donner à la "route des basses" ou "route de Pradine" le nom de mon Grand-Père Fernand Prax puisqu'il a déjà sa rue au village. Et une plaque sur le portail de ma propriété.

Mais m'assigner à résidence rue Marguerite Yourcenar! On ne pouvait m'infliger un tel supplice moral. Pour plusieurs raisons.

Je me souviens de ses passages à l'antenne. Une femme souriante mais hautaine.  Toute en façade. 

En bref cette femme née en Belgique a vécu pratiquement toute sa vie aux USA n'en revenant que pour se faire élire à l'Académie française. Ce qui ne l'empêchera pas d'opter pour la nationalité États-unienne. Elle vivra là bas un parfait amour avec un autre écrivain féminin.   

Il aurait été utile d' informer le villageois, comme ça se fait souvent de préciser "née CRAYENCOURT" mais peut être avait elle oublié ou gommé ses racines familiales. Tout ça me la rend indigne d'un chemin de campagne bucolique

Je déplore également qu'on n'ait pas conservé le nom de l'impasse utilisée depuis des lustre. Colette c'est beau mais "la Cantounade" ou "lou Bari",  n'était ce pas plus  couleur locale? Une néorurale de la mairie s'évertue d'effacer la mémoire de la commune. 



Auriacombe : C'est un groupe de maisons en retrait de la route des crêtes. Autrefois je me souviens avec exactitude on pouvait voir au déboucher de la route (photo ci dessous) une panneau annonçant
fièrement "Les Champs Elysées". Plusieurs personnes de la commune se demandaient où était passé  ce panneau. Personne n'avait la réponse. Jusqu'à il y a une quinzaine de jours. Alors que je me rendais chez des amis habitant à St Simon en empruntant un raccourcis je tombais en arrêt. Sur le bord du chemin d'Auriacombe à Velzic il était là!  Pris en otage par des gens peu scrupuleux.

J'espère que ma commune va faire rapatrier daredare ce "fleuron" de notre patrimoine. Car je ne pense pas que nos champs Elysées soient une fantaisie, une farce d'un petit plaisantin du siècle passé.
les  Champs Élysées, Champs Elysiens ou Elysée. - Partie des Enfers, où, selon la religion grecque et la religion romaine, séjournaient les âmes vertueuses après la mort. C'était la quatrième division des Enfers, suivant les Grecs, et la septième, suivant les Romains.



Or il est bien connu que le hameau d'Auriacombe faisait partie du domaine des seigneurs d'Aurillac, le comte Géraud, je crois. Et en ces lieux et aussi à la Croix de Broise voisine ont été découverts naguère des objets, bijoux, fibules ...... Mérovingiennes déposés au musée d'Aurillac.

Pour ces raisons il serait utile de renouer avec l'Histoire locale. Garder ou retrouver les noms d’antan.
Alors pourquoi avoir donnée à la principale voie de communication du hameau le nom de ...............
Madeleine Perey. Une illustre inconnue sortie de l’imaginaire de la dénomination des rues de ma commune. Oui.  Cherchez bien sur internet. Cette femme célèbre n'existe pas.

A moins qu'il ne s'agisse de Marguerite Perey  (1909-1975) Chimiste, est connue pour avoir isolé le francium en 1939. Elle est la première femme membre élue correspondante de l’académie des sciences en 1962 et a participé à la création de labos de physique à Strasbourg.


Aubespeyre marquera  la fin de notre visite. Et là nous touchons du doigt le ridicule de la situation. Le summum dans la stupidité. On n'a pas réfléchi à ce qu'on faisait . On a une idée derrière la tête on fonce. 




On avait quatre "rues" à nommer et on n'y a pas été avec le dos de la cuillère. Sans penser aux quolibets et plaisanteries de mauvais goût  qui pouvaient en découler. Rappelant par ailleurs que le père LE PEN a la primeur du genre. :

. Rue Simone Veil
. Rue marguerite Duras.
. Impasse du four
. Passage des moulins


Soit dit en passant que la rue du Four ne passe pas devant se dernier. Mais que c'est la rue Duras qui passe devant lui. Et que la rue Simone Veil croise ces deux venelles. Bien sûr on ne peut pas être au four et aux moulins en même temps mais on peut tout de même, sans le vouloir évoquer la jonction  des rues Duras-Four qui rejoignent toutes deux la rue Simone Veil.

S,il n'y a plus de moulin à Aubespeyre, il y a toujours sur la place "un travail" restauré par un habitant du hameau. Place du travail. Voila un nom qui aurait bien sonné.
  




 A quoi bon vouloir effacer l'Histoire des pays, gommer les particularités vernaculaires?  Cette aseptisation de notre ruralité par des gens qui ne la comprennent pas me révolte au plus haut point. 
D'autant que les panneaux ayant été rapidement posés il n'y a guère d'espoir de retrouver  nos racines.
Sûrement nous nous en souviendrons aux prochaines élections.

11 août 2016

Lily la courageuse.

Chers amis et amies de Lily
Elle disait :
Demain sera un autre jour et j'irai mieux...je le veux (lol)
Vos réactions sur le profil facebook de Lily nous ont toutes touché.
Il faut dire que notre amie, pour certains elle aura été une confidente, avait une sensibilité et une humanité hors du commun. Elle devait tenir ça de son enfance et de l’éducation qu'elle avait reçue de ses parents adoptifs il me semble me souvenir.
Je l'ai connue par son blog qu'elle tenait minutieusement, l'agrémentant de reportages détaillés sur des villes et édifices religieux que son mari et elle avaient visités. Je me demande comment elle faisait pour l'alimenter. Il y a tant de belles visites à y faire. Nous avions des intérêts communs dans ces visites de chefs d’œuvres du passé et nous avions mis nos pas sur les mêmes sites à quelques années de distances. J'ai même été surpris cet hiver. Sa fille lui avait organisé un séjour sur la côte d’émeraude à Tregastel. Ma femme et moi y avions passé une quinzaine de jours il y a quelques années. Nous nous suivions souvent.
 Je l'ai donc connue vers 2007 ou peut être 2008. Elle avait déjà été malade et avait triomphé une première fois de cette saleté de crabe. Nous parlions donc de nos voyages respectifs. De nos enfants et petits enfants. Elle adorait les siens. Ses petites puces. Moi de mes tableaux qui l’intéressaient. Elle me demandait des conseils, me montrait à la webcam l'évolution ses peintures, les corrections apportées. Elle me parlait de ses projets d' aquarelles ou d’acryliques.  Elle se défendait bien, Lily.
Lorsque ma femme est morte d'un cancer mal soigné en 2013 (elle venait juste de prendre sa retraite). J'ai abandonné mon blog.  Lily a été là. A l'autre bout du fil.  C'est elle qui m'a fait  découvrir la chanteuse britannique ADEL. Je lui apprenais quelques mots d'occitan.Elle était bien Lily.
Elle qui se disait Athée (elle était peut être bien agnostique en fait) avait une ouverture d'esprit que bien  des chrétiens feraient bien d'adopter. Elle aurait pu être bouddhiste, me disait elle. Aussi, elle composait ces sortes de rosaces tibétaines au nom  imprononçable et aux couleurs "flashies". Le tout agrémenté de conseils de vie "la joie est en tout. Il s'agit de savoir l'extraire". C'était  un ange, Lily.
Et puis elle me parlait de sa maladie sans la nommer;  ses améliorations et ses espoirs; les retours en cliniques pour ses soins, ses chimios. "ras la casquette". Mais jamais une larme ou un sanglot dans la voix. Comment faisait elle, Lily?
Et le mois dernier nous avons abordé la sujet de la mort. Elle savait condamnée. Avec ma femme nous n'avions pas pu ou voulu aborder une discussion sur la fin de vie. Manque de courage, peut être. J'en ai été frustré. Lily a été forte. Lily s'est dite rassurée sur le sort de son mari qui serait choyé par leurs enfants. Lily avait prévu l'incinération. Mais Lily ne voyait pas l'utilité de rencontrer un prêtre (ça ne se fait d'ailleurs plus beaucoup). A quoi cela aurait-t-il servi. Lily était une sorte de sainte. Je l'ai admirée, Lily.
Je lui ai demandé si elle voulait me rencontrer avec ma compagne. J'avais senti cela. Elle attendait que je le lui propose. Elle était encore en clinique. Elle préférait nous voir chez elle.Elle m'avait promis d'attendre cet instant pour faire ses adieux à sa famille. 
La veille de notre départ je lui laissais des messages qui restaient sans réponses. Ca n'est qu'en fin de journée que mon portable sonnait et qu'une voix masculine, celle de son fils m'annonçait ce que nous redoutions tous.
Je n'ai pas eu le courage de la voir. Je voulais rester sur la Lily vivante et gaie. Oui, elle l'était vraiment malgré ses tourments. Je voulais ce long voyage éclair mais  j’étais limité par le temps et souffre d'une côte cassé qui influe sur mon sommeil. J'espère que la famille de Lily me pardonnera ce manquement.
Lily sera incinérée mercredi 17 août à 15h00. Et sa générosité a laissé à son mari la possibilité d'une bénédiction en l'église saint Pierre et saint Paul de Rueil Malmaison à 14h115.
Je penserai fortement à toi Lily. Comme je le fais depuis que tu as quitté ton enveloppe charnelle. As tu remarqué que depuis, une grosse bougie brûle dans la salle de séjour de ma maison? Tu sais? Ce que nous appelons ici une "ayguière" où je place ma crèche de Noël.
Je suis sûr que tu la vois d'où tu es. Allez Lily je te fais de bigs bisous. Chez moi ont dit "té fas  un poutou".
Vincent (africantal)