Dans le Midi, vous l'avez remarqué, les noms se terminent souvent par "ac". Il est évident que certains toponymes remontent très loin dans notre histoire.
Faute de traces écrites, certaines appellations ont été regroupées de façon arbitraire par "racines" ou appartenances phonétiques. Ce n'était pas toujours une bonne idée! C'est par l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose le français pour les actes officiels, sous le règne de François 1er les noms des lieux subissent des altérations pour le moins douteuses. A cette époque, les noms mérovingiens, romains, carolingiens ou gallo-romains n'avaient plus vraiment de valeur dans le langage employé couramment.

Les préposés aux écritures ont fait perdre à notre toponymie toute la saveur originelle en les francisant et en les classant arbitrairement par analogies . Ils ont fait subir aux appellations existantes des modifications assassines. Ces transcriptions souvent phonétiques laissent apparaître dans les manuscrits de nombreuses erreurs de graphies, repérées facilement quand on sait que les noms gallo-romains des lieux sont les noms gaulois dont la terminaison a été latinisée.(Combien de "Saint..." sont devenus "Sin..."?)
La toponymie est loin d'être une science exacte.
Dans notre Sud et surtout dans les territoires d'Oc, on retrouve très souvent le suffixe "AC". Ce suffixe se retrouve dans toutes les provinces gauloises devenant parfois AT (dans le puy de Dôme et l'Allier zone du croissant), AZ ou OZ ( dans l'Ain et les deux Savoie où l'on parlait le franco-provençal) .... C'est un héritage du langage celtique "acos" ou "akos" qui sert à désigner (là= un endroit ou ici) un ensemble d'habitations, une propriété agricole, il a valeur d'appartenance, il est le plus souvent associé au nom d'une personne (la plupart du temps, le propriétaire). Plus tard, lors de l'occupation romaine ce suffixe a été latinisé en "acum" et il a désigné (en plus) une villa gallo-romaine, pourtant cette forme n'apparaît pas dans les archives avant le début du Moyen Age.
Dans les régions du Sud du Massif Central, ce suffixe "AC" se donnait surtout aux lieux situés dans des replats ou sur un versant orienté vers le Sud ou le Sud Ouest.Il ne s'agit donc pas d'un rapport plus ou moins éloigné avec l'eau (aqua) comme le pensent certains, bien que l'eau soit présente chaque fois qu'il y a une habitation (Aqueducs, fontaines et bains romains) .

photo du livre d'Alain REY "le français une langue qui défie les siècles.
Nos régions occitanes ont abandonné leur nom gallo-romain au cours du Moyen Age pour revenir au nom gaulois qui donne en même temps que le nom du peuple le nom de la région et celui de la ville.
Exemple : Le peuple des Pétrocoriens a donné le Périgord et Périgueux.
Même si tous ces noms se terminent souvent par "ac" il faut garder à l'esprit qu'en toponymie on classe de deux façons
- selon les différentes strates linguistiques qui se sont succédées. - selon la nature des lieux, du relief, de la végétation, des cultures et de l'occupation du terrain par les humains.
Afin de mieux comprendre le système de dénomination des villages qui portent un nom terminé par "ac", il faut se référer au système romain onomastique (toponymie) appliqué en Gaule après l'occupation.
En voici quelques exemples :
La célèbre capitale du cassoulet castelnaudary tire son nom de château neuf d’Arius traduction du latin de Castellum Novum Arri, dont la première mention officielle remonte à 1103. En occitan "Castel nèu d'ary."
Aurillac : c'était la propriété d'Aurélius, nom auquel a été ajouté "ac" pour l'appartenance puis "acum" pour le latiniser. Ce qui donnât AURIACUM.
Jussac: Jussius (villa Jussii)
Montignac : il y avait des habitations implantées sur les flancs de la montagne. (pareil, plus "ac" et "acum")
Floirac : C'était l'habitation de Florius (pareil, plus "AC" et "acum");
Les appellations de nos villages du Sud se terminent par "AC", mais on pourrait faire exactement les mêmes remarques pour d'autres régions de France.
Voici quelques racines héritées des celtes et des Gaulois : "al" (Alsace, "ar" (Arc), "rod" (Rhône), "calm" ( Chaumes - Montcalm), "clap" (La Clape), "cant" (Cantal), "an" (Mimizan, Cucugnan). Obéissent à cette règle le noms de villes se terminant par un "S" (Lourdes, Paris..) ....Pour les suffixes hérités des celtes ce sera pour la prochaine fois!
Pour ce qui concerne les noms du Cantal et je crois les noms du sud-Ouest de la France et surtout du massif central, vous aurez sans doute remarque que ceux-ci comportent un "H". Et précisément juste avant le "AC" dont nous venons de parler. Son rôle est de "Mouiller" la lettre (L,M,N) qui le précède. Ainsi nous prononcerons:
-Marmanhac=Marmangniac
-Reilhac=Reillac
-Polminhac=Polmigniac
-Salihles=Salilles
-Druilhes=Druilles
-Manhes=Magnes qui veut dire Grand (comme Carolus Magnus). Même si certains gens "huppés" insistent sur le "Mannèss" sûrement par snobisme.
Ca ne vous rappelle pas Jacquouille et Jacquard?
Je précise que les "Y" se prononcent et mouillent eux aussi la lettre qui la précède:
- La Peyre (la pierre et non la paire) se prononce Peïre.
- Le Meynial = le meïnial (sans doute un chemin de liaison)
- Bayroux = Baïroux (s'il avait été cantalou)
Très imbriqué dans les langues latines a région porte toujours des rappels:
A la végétation :
- Le Quercy : du latin quercus (chênes)
- Verniolles : lieux planté de vergnes (Aulnes)
- Le Fau : Lieu planté de fayards (hêtres)
- La ségalassière : région à seigle.
- Saint-Jacques des Blats : St Jacques des blés.
- La sagne : prairie très humide, marécage.
Au relief et à la géographie :
- Aygueperce : la Source
- Albeperyre : Pierre blanche
- Peyre Neyre : Pierre noire
- le mont Aigoual : le mont qui fournit de l'eau.
- Le puech : le puy (pic ou mamelon)
- La combe: un talweg (Auriacombe, Combescure (vallon sombre ou jambe tordue: à voir)
- Combourieu ou cambourieu : vallon où coule un ruisseau.
- Le salin (cascade remarquable) : mine de gypse.
Aux monuments :
- Le castelou : petit château
- Castelnau : château neuf
Aux artéfacts ou évènements passés :
- La croix de Cheule, la croix de Broise..... -
Peyre-levade : un menhir (ou selon certain le fait de se trouver dans un lieu dangereux on prenait une pierre pour se défendre.
- Printe-garde : (prends garde) même relation avec le danger.
- Peyrebeire : La pierre qui vire.
- Maleval (dans la loire) : le mauvais vallon.
Enfin pour ceux qui viendraient l'été prochain visiter le château d'eau de la France, je vous rappelle qu'il est inutile de prononcer le "S" final des villes. Sauf si le le "E" qui le précède est accentué : Saint-Santin-Cantalès, Saint-Etienne-catalès, le Carladès, Fortuniès......