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18 mars 2008

le paradis perdu - 1


Tout le monde connaît la terrible histoire du petit Poucet.


D'aucuns prétendent qu'elle s'est déroulée pas très loin du village cantalien de Murat, et que si les enfants furent égarés en forêt par leurs parents, c'est uniquement parce que ceux-ci étaient de redoutables avares et se refusaient de les nourrir plus et non point en raison de leur pauvreté.


Ce qui est certain en revanche c'est que cette triste histoire touche une famille de bucherons et charbonniers qui hantaient naguère les immenses forêts de la gaule moyenâgeuse. Vous savez, "au passadou" dans la sinistre forêt des belles-aigues à LAVEISSIERE. C'était à l'époque du dauphin d'Auvergne Robert au début du XIV siècle. Ils étaient, c'est vrai souvent malheureux. Pardi!!! Ils vivaient éloignés des bourgades, n'avaient de contacts qu'avec très peu de gens. Amère existence!!!!


Un couple de pauvres bûcherons vivait donc pauvrement dans une pauvre cabane que l'homme avait pauvrement construit de ses pauvres mains calleuses. Elle n'était meublée qu'une vieille huche à demi rongée par les insectes et les rats , une couche de bois avec deux couvertures miteuses, une table bancale qui devait être appuyée contre le mur pour qu'elle ne chût point à terre. Amère existence que celle-ci!!!!


N'allez pas imaginer que la pauvreté du couple provenait de leur vieillesse ou d'infirmités. Jacques, notre bonhomme était un beau gaillard né sur les rives de l'Allagnon. Il était capable d'abattre un fayard de quelques coup de cognée. Etiennette sa gerse était gironde à croquer. Une vraie fleur de beauté. Làs!!!! La bonté et la bonté n'ont jamais empli la huche.

La huche n'étais jamais pleine. On se contentait d'une mauvaise tourte de mauvais pain noir qui ne tarissait pas leur faim. Ah!!! Point n'était besoin de penser avaler goulûment une soupe aux choux et au lard. C'était affaire de nobliaus. Alors ne parlons pas de savoureuses truffades. la pomme de terre ne viendra que bien plus tard, beaucoup plus tard. A la rigueur quelques cèpes ramassés ou gibier ayant crevé là!!!! mais il ne fallait pas se faire voir des gens du dauphin. Surtout pas!!!



Parfois Etiennette entendait au loin les cris et appels des veneurs du dauphin d'Auvergne, sonneries de cors, jappements des chiens. Onc les équipages ne passaient séant. Amère existence que la leur!!!

Or!!! un jour qu'elle rentrait, lasse du ramassage dans les bois de quelques maigre fagots pour faire cuire la soupe, elle ne put réprimer une plainte.

"""""A quoi sert de d'être jeune et jolie si nous devons nous éreinter ainsi sur terre! le seigneur a dit que nous devions gagner notre pain à la sueur de nos fronts . Encore faut il qu'il y ait assez de pain!!! Toutes ces misères à cause de cette friponne d'Eve!!! Et ce tindou (niais) d'Adam!!! Pourquoi n'a t-il pas flanqué un "timplaou" (raclée ) à son épouse au lieu d'accepter la maudite pomme!!! """""



Elle se mit à pleurer de désespoir la tête entre les mains devant le cantou quant elle entendit des coups à l'huis.

- qui est là?
- Moi!!!
- Qui moi?
- Moi!! Le Dauphin d'Auvergne votre suzerain. J'ai perdu la chasse.
- Sire je n'ai qu'une pauvre escabelle à demi boiteuse à vous offrir et même pas assez de pain à mettre en soupe. Nous sommes si malheureux que si le ciel nous envoie un enfant, nous n'avons rien à lui offrir à manger. Il n'aura qu'à mourir de faim le pauvret!!!
- Oui j'ai entendu vos plainte que vous adressiez à notre mère Eve. je ne veux pas que vous restiez dans le malheur. je vous emmène dans mon château. Vous serez heureux comme Adam et Eve avant d'avoir croqué la pomme. cependant j'exige une chose de vous. Que vous obéissiez à tous mes commandements.
- Oh!!! monseigneur nous ne demandons pas mieux et vous promettons de faire tout ce que vous nous direz.
- C'est bon! On verra dit le dauphin.

le paradis perdu - 2


Quelques jours plus tard, un pesant et somptueux charroi s'arrêtait devant la masure. Deux hallebardiers ouvraient les portières et priaient Jacques et Etiennette de se trouver attendus dans leur nouvelle résidence. A leur arrivée au château ils furent dépouillés de leurs guenilles et revêtus qui de pourpoint damassé, poulaine confortables, qui de robe de soie et de brocart seyante chausse de basane ajustées. On eut dit deux hobereaux en voyage de courtoisie.


On leur fait visiter leurs appartements. Un lit à baldaquin aux courtines brodées meublait leur chambre. Des sièges de velours, des coffres cloutés et bahuts finement ciselés. Aux murs de chaudes tapisseries douces au toucher retiennent leur regard. Nos deux manants croient se trouver dans un palais enchanté.


Puis on les invite à la tablée du dauphin seigneur d'Auvergne qui leur montre des plats lourds et somptueux.

-Vous voici chez vous. J'espère que vous vous sentirez heureux comme des rois puisque tel était votre désir, dame Etiennette. Aucun travail servile ne viendra gâter votre existence. Vous ne ferez absolument que ce qu'il vous plaira. Mais vous m'avez promis, n'est ce pas de faire tous mes commandements.
.


- Je ne vous en impose qu'un seul. Vous voyez sur la table cette soupière en argent? Je vous interdit, vous m'entendez bien? Je vous interdit absolument d'en ouvrir le couvercle pour savoir ce qu'il y a dedans. Si vous me désobéissez, vous serez immédiatement dépouillés des richesse que je vous ai donné. Vous serez alors obligés de reprendre vos guenilles et de regagner votre masure à pied.


- Monseigneur, nous vous promettons de ne jamais enfreindre votre interdiction et de ne jamais soulever le couvercle. N'est ce pas Etiennette?
- Oui mon ami je vous le promets. Pour votre tranquillité, messire, puis-je déposer la soupière dans ce bahut?
- Que nenni, répliqua le dauphin d'Auvergne. J'entends qu'elle demeure à cette table. Elle ne prend pas beaucoup de place.


Le couple de charbonnier vivait ces premiers jours en toute "sérénitude". Se promenant dans les jardins, et s'y reposant; faisant de somptueux repas où à chaque plat le couvert était changé. des plats en grand nombre, au dîner comme au souper.... Mais la petite soupière d'argent trônait toujours au centre de la table. Bien en vue. Comme le fruit défendu.

Au bout de quelques jour Etiennette ne put s'empêcher d'y toucher.

- C'est curieux, elle ne semble pas extraordinaire. je voudrais bien savoir pourquoi Monseigneur nous interdit de l'ouvrir.
- Ecoute femme. Ne fais pas la sotte. Il nous est interdit de soulever le couvercle. Nous avons promis. Il faut obéir.

Elle n'en parla plus. mais on la sentait tourmentée. Elle semblait souffrante, nerveuse, rabrouait son mari pour la moindre remarque. Elle maigrissait à vue d'oeil, ne mangeant plus. Ce qui faisait l'affaire de Jacques.

- Qu'as tu donc femme?
- Rien!! disait elle en haussant les épaules.

Puis un jour elle finit par avouer :

- c'est cette soupière qui me nargue. Elle me rend malade.
- Tu es ridicule. Elle ne t'a rien fait.
- Non mais je voudrais savoir ce qu'il y a dedans.
- Ce qu'il y a dedans ne te regarde pas.
- Mange Etiennette!
- Non! Je préfère mourir que de ne pas voir.
- malheureuse!!! Le dauphin saura et nous chassera.
- Mais non, je t'assure. je vais le soulever un tout petit peu en regarder. Le Dauphin n'en saura rien.
- Je veux bien faire selon ton plaisir dit Jacques qui aimait sa femme, mais j'ai grand'peur qu'il arrive un malheur.

Les yeux brillants, Etiennette soulève le couvercle, un tout petit peu, comme elle l'avait dit. Et Frrrou-tttt une minuscule musaraigne saute hors de la soupière et cour dans la vaste salle. Impossible de rattraper la bestiole. Jacques qui avait beaucoup grossi (il mangeait pour deux) se déplaçait avec difficilement. Il courait vers le coffre, la souris était sur le buffet. Il la poursuivait sous le buffet elle sautait sur l'armoire. Jacques s'épuisait. Quant à Etiennette elle était tant énervée qu'elle ne faisait rien de bon.


Soudain, la porte s'ouvre sur la carrure du Dauphin d'Auvergne. La musaraigne en profite pour s'enfuir. Jacques et Etiennette se jettent alors sous la table, espérant se dissimuler sous l'épaisse nappe aux yeux de leur maître. mais ce dernier n'est pas homme à se laisser tromper.


- Jacques! grogne-t-il viens ici!........... Je t'ordonne de sortir. J'ai quelques chose à te dire.

Tout penaud Jacques suivi d'Etiennette apparaît. Cette dernière était bien gentillette dans le désordre de sa toilette. Mais le dauphin ne se laisse pas attendrir.

- Qu'est-il arrivé Jacques?
- Vous le savez, Maître. La souris s'est échappée.
- Vous avez soulevé le couvercle alors que je vous l'avez défendu. Ce n'était pas la peine de traiter Adam et Eve de tindous. Vous avez été des sots et des niais vous même. Toi, Etiennette en n'écoutant que ce maudit démon de la curiosité qui perd toutes les femmes et toi, Jacques en obéissant à ta femme, alors que c'est le contraire qui doit se produire. Vous connaissez le sort qui vous attend.

Jacques et Etiennette se jettent à ses pieds. Mais le Dauphin est intraitable.

- Qu'on les dépouille de leur beaux habits et qu'on leur rende leurs vieilles nippes!!.



Une heure plus tard les charbonniers reprenaient tristement le chemin de leur cabane. Etiennette pleurait amèrement mais Jacques la réconfortait.

- Après tout, on a tout de même profité du séjour au château. Quelques semaine de paradis terrestre, tout le monde n'en a pas ici bas.



Et bravement il reprit son ancien métier au plus profond des forêts du Lioran.

(A suivre.... les enfants et le diable)

les enfants et le diable - 1

Malgré les consolation de Jacques qui tentait de lui faire oublier leurs ennuis, Etiennette devenait acariâtre et désagréable. Ainsi sont les femmes quand elles ne sont pas satisfaites de leur sort.

deux enfant étaient pourtant venus égayer le foyer. Une fille et un garçon, - Lise et jean - mais leur présence lui donnait encore plus de peine et rentait leur vie misérable. Cette mère dénaturée ne pensait qu'à s'en débarrasser. Le plus affreux est qu'elle réussit un jour à mettre son projet à exécution. Son mari était ce jour là parti vendre quelques fagots à ALBEPIERRE-BREDONS. Appelant ses enfant (8 et 6 ans) elle les entraîna dans la forêt avec l'intention de les perdre. mais ceux-ci qui ne connaissaient pas l'histoire du petit Poucet de Charles Perrault n'avaient pas pris soin de prendre des cailloux blancs dans leurs poches. Ils furent bel et bien perdus dans la forêt. Et Etiennette rentra chez elle sans remords.

Jean et Lise qui avaient vu leur mère s'éloigner (elle avait dit aller cueillir des champignons) ne s'étaient pas inquiétés. Quand ils ne la virent plus, ils furent bien effrayés. Mais Lise qui était déjà une grande fille de 8 ans rassura son petit frère et le consola. Elle lui fit observer qu'ils se trouvaient dans une situation bien classique. Et que pour s'en sortir il suffisait de monter sur la plus haute branche d'un arbre et de chercher à se diriger vers quelques abri.

Ce fut fait. Jean au sommet de l'arbre aperçut deux petites lumières car la nuit était tombée. L'une était pâle et vacillante, l'autre d'un rouge éclatant. Ces deux deux lumières étaient dans des directions opposées.


- Choisissons la deuxième déclara Lise. D'abord, elle est plus rapprochée et puis nous y serons sans doute mieux reçus.

Ils marchèrent longtemps, longtemps et enfin ils parvinrent à la maison. Ils frappèrent à la lourde porte cloutée. On tira le "barouillou" et la porte enfin s'entrouvrit dans un grincement sinistre.

- Qui donc êtes vous et que faites vous dehors à pareille heure?
- Vous voyez bien dit Lise! qui peut donc se promener à cette heure-ci sinon les-petits-enfants-égarés-par-leur-méchante-mère? Et vous madame, toujours très poliment, je pense que vous êtes madame l'ogre.




- Pas du tout dit la femme qui était pourtant grande et grosse. Je ne suis pas l'épouse de l'ogre, mais celle de Messire ROPOTOU. Cela ne vaut guère mieux. Cependant comme vous ne pouvez rester dehors par une nuit pareilles, entrez donc tout de même. Je vais vous donner une bonne soupe et un abri, car je ne suis pas une mauvaise diablesse. Et elle les fait entrer. Ils finissaient de manger quand leur soupe quand arrive monsieur Ropotou :


Ah!ah! Deux enfants qui se font prendre aujourd'hui! Bonne journée! La fille te servira de petite servante, femme, depuis le temps que tu m'en réclames une et que tu déclares que tu ne veux plus être servie par mes diablotins. Quand au garçon, je le mangerai un de ces jours. Il est vraiment trop maigre. Enferme-le soigneusement dans la cave. Dès qu'il sera suffisamment gras, j'en ferai un civet. Nourris le donc en
conséquence.

On obéit donc à Messire ROPOTOU. Le diable n'aime pas qu'on discute ses ordres.

C'était Lise qui dut porter à manger à son petit frère. Elle le soignait bien et la femme du diable y veillait.

- Ne mange pas trop petit frère, se désolait Lise à la pensée que son frère allait grossir. Ne mange pas trop ou tu seras mangé.

Jean était gourmand. Il ne refusait aucun des plats qui lui étaient présentés. Il faut dire que l'ordinaire de messire ROPOTOU était sensiblement différent de celui du misérable bûcheron. Et jean engraissait à vue d'oeil.

Au bout de cinq à six semaines, ROPOTROU qui était parti en voyage revint au logis.

- Ce garçon doit être assez gras. J'ai bonne envie d'en faire un rôti. Tiens petite dit-il à Lise prends ce couteau. Tu iras couper un doigt de ton frère et je pourrai ainsi me rendre compte de son état.

L'embonpoint du diable était tel qu'il ne pouvait songer entrer dans la cave. Lise prit le couteau, mais se garda bien d'exécuter le commandement du ROPOTOU. Elle monta au grenier à blé et avisa un rat qui s'était laissé prendre dans le piège que la diablesse avait tendu. Elle en coupa la queue et vint la présenter à ROPOTOU lui disant que c'était le doigt de son frère.

- Mauvais, mauvais. Ce garçon ne profite pas du tout. Il faut le gaver davantage. Car il n'est pas encore bon pour faire un rôti.

les enfants et le diable - 2

La dessus, il resta de nouveau absent pour plusieurs semaines. A son retour, même manège. Mais pour stupide qu'il fût ce diable commençait à trouver que ces enfants lui coûtaient cher. Quelques jours plus tard il devint plus soupçonneux que jamais. Cette fois il ne se laissa pas prendre au subterfuge de la queue du rat. Il se rendit à la cave, allongea son bras et s'empara de Jean.



- Mais il est superbe ce garçon! A la broche! A la broche! femme prépare le chevalet à porc sur lequel je m'en vais le saigner tout à l'heure. En attendant, je vais au potager choisir quelques légumes pour l'assaisonner.


Madame ROPOTOU n'était pas vaillante, aussi au lieu d'exécuter les ordre de son mari elle laissa le soin à Lise de s'en occuper. celle-ci fit la bête.

- Je ne saurai jamais comment on lie quelqu'un sur le chevalet, pleurnicha-t-elle.
- Es tu sotte ma pauvre fille, voici comment on opère.

Madame ROPOTOU s'étendit elle-même sur le chevalet. Aussitôt Jeannot saisit la corde, lia étroitement la femme du diable, lui coupa la gorge avant qu'elle ait eu le temps de dire OUF. Puis les deux enfant s'emplirent les poches de l'or et l'argent que le diable avait volé. Quand il rentra à la maison le diable poussa des cris épouvantables en voyant le désastre. Son or volé, sa femme tuée. Il ne savait en vérité quel des deux malheurs était le plus grand. Il espérait les rattraper rapidement et se rendit à l'écurie. Mais Lise et Jeannot avait pris la poudre d'escampette sur le dos du cheval du diable. Il était si gros que le diable s'essoufflait rapidement. Au bout d'une lieue il rencontra un laboureur qui travaillait au champ et lui demanda (car messire ROPOTOU s'exprimait aussi en Auvergnat)


- N'avez pas bi passa Lize et Juon, é ma cabale routge é blanque, cata d'or é d'argen? (vous n'avez pas vu passer Lise et jean et mon cheval rouge et blanc chargé d'or et d'argent?
- Que dites vous, Monsieur? que me demandez vous? fit le laboureur faisant semblant d'être sourd. Vous dites que je ne laboure pas bien?
- mais non animal, tu ne comprend rien et tu me fait perdre mon temps.

Plus loin, même chanson quand il trouve trois lavandières qui battaient le linge.



- Si fait mon bon monsieur. Ils sont passés voici deux heures sur un beau cheval bai et blanc qui les a fait traverser la rivière.
- Oui mais moi je ne puis passer. Il n'y a pas de pont.
- n'ayez crainte, mon bon monsieur, passez le tournant vous trouverez une passerelle.

Les trois femmes avaient reconnu le diable et avaient résolu de lui jouer un vilain tour. la passerelle existait bien, mais elle était branlante et les planches pourries. le diable tout à sa colère se précipita dessus, sans s'apercevoir du danger. Il était si gros, si lourd , qu'il n'avait pas fait trois pas, CRAC!!! le diable est précipité au fond de l'Allagnon. Il y est noyé.



Quant à Lise et jean, ils rentrèrent chez leurs parents en ramenant beaucoup d'or et d'argent et le cheval. Ils oublièrent le sort cruel qu'on avait voulu leur réserver. Ils vécurent longtemps fort heureux dans la petite maison de la forêt.

la nué vingu lou gall canta et moun counte es acaba (la nuit est venue, le coq à chanté et mon conte est terminé).

17 décembre 2007

le petit pâtre de Belliac - I

Garder les troupeaux de brebis tout au long du jour, c'est une occupation agréable et pas fatiguante pour un enfant. C'était le cas du petit Gerbert à qui son maître, un riche aubergiste de la paroisse de Belliac confiait une mission particulière.

Gerbert n'était pas un enfant comme les autres. Il aimait contempler de sa cabane de branchages le calme et la sérénité des montagnes du cirque de Mandaille où il faisait paître son troupeau.

Il pouvait voir les clocher à peigne des villages tout en bas dans la vallée de la Jordanne.
Son seul regret, ne pouvoir aller étudier et devenir un grand savant, comme les moines de l'abbaye de Saint Géraud.




Comme bien d'autres enfants de son époque, c'était un champi; un enfant abandonné à la porte de l'abbaye par des parents dans la misère. Le prieur l'avait confié à des fermiers de Belliac comme pâtre. Son occupation favorite, c'était de mâchonner un brin d'herbe en regardant les insecte à plat ventre sur le sol. La nuit , il contemplait les étoiles quand il ne dormait pas sous leur scintillement.




- Tu vois, disait-il à jeannot, son compagnon, je voudrais les voir de près, être docte comme maître Guillaume et savoir les noms de leurs assemblages. Pffffffff!!! Lire dans les étoiles!!! je ne sais même pas lire dans un livre de prières.

- A quoi bon en savoir tant!!! Pour garer les fèdes (brebis), ça te servira à quoi? Pourvus que j'ai l'estomac plein, ça me suffit. Mais Gerbert haussait les épaules et demeurait insatisfait.



Un jour, le prieur de Saint Géraud vint à passer à Belliac et fit un détour pour voir son protégé à la ferme.

- Je ne suis pas mécontent de lui observa le métayer. Il est bon garçounnet, mais trop badaïre pour un pastre. Il se plaît à conter les étoiles au lieu de surveiller les moutons. Il ne saura jamais labourer la glèbe.
- Il compte les étoiles? Drôle d'occupation pour un pâtre, lui qui ne sait lire!!!

Le religieux demande à voir l'enfant. Il se rend à la parcelle Auriat à une lieue de là.

- Que fais tu là mon garçon, allongé dans l'herbe?
- messire, je regarde les fleurs et cherche à comprendre leurs différences entre chacune d'elles.
- Et dis moi? Est ce vrai que tu voudrais devenir savant?
- Ah! messire dit-il en rougissant C'est un rêve! je ne suis qu'un pauvre pastoureau! Si je pouvais étudier, je serais au paradis!

- Le paradis!!!! Ne blasphème point mon enfant! le paradis, c'est bien autre chose!. Si tu accepte la discipline, je demanderai au révérend abbé de t'admettre parmi les enfants de notre école monastique. Qu'en dis tu? Le regard brillant de l'enfant et son silence était éloquent.



Quelques jours plus tard, portant son maigre balluchon à l'épaule, Gerbert frappait à la porte de l'abbaye et pénétrait entre les murs massifs de ce lieu de prière. Le père prieur lui fit traverser le cloître aujourd'hui disparu; il visita le réfectoire; la salle du chapitre; et enfin le scriptorium où s'affairait le monial François de Lugdunum.


- C'est là que tu apprendras à lire, à écrire et à compter; tu pourras bientôt déchiffrer tous les manuscrits de notre bibliothèque.

Devant ces manuscrits, Gerbert se serait volontiers agenouillé. Il aurait passé sa vie à contempler tous ces trésors remplis d'enluminures. Le prieur l'en arracha et le conduisit auprès du père Maurice le maître d'école de l'abbaye qui assumait la formation des novices et enfants de choeur.

- Mon père voici une recrue. ce jeune berger est rempli du désir d'apprendre la beauté de la science. mais apprenez lui aussi à en craindre les dangers.

Le temps passa. Gerbert apprenait avec une facilité déconcertante. Premier à l'étude, il quittait le scriptorium en dernier. Et il fallait toute l'autorité de monial François pour l'obliger à suivre la règle et se livrer à d'autres exercices.

Il ne se contentait pas d'amasser les connaissances. il interrogeait le maître et certaines demandes semaient un trouble et une inquiétude à l'excellent religieux.

- Tu es trop jeune. Attends d'avoir grandi. Alors, il se replongeait dans l'étude des gros manuscrits poussiéreux dans l'espoir d'y trouver réponse.


Lorsque les religieux recevaient des passagers tels que voyageurs attardés, arpenteurs, troubadours, marchands allant à la foire de Lyon, gerbert avait obtenu d'assister aux veillées. Il était si avide de connaître ce qui se déroulait à travers le vaste monde! N'osant, à cause de son jeune âge questionner le visiteur il écoutait passionnément et recueillait avec avidité les discours des hôtes de l'abbaye.

Un jour, un vieil homme paraissait plein de merveilleuses sciences se présente à saint Géraud.
Il conta la guerre de Germanie qui était le propre de l'homme, il parla du pape de Rome qu'il vit en son palais. Il déclara qu'en espagne chez les païens, des savant prédisaient l'avenir en regardant les étoiles.



- Est-ce vrai, seigneur qu'il connaissent aussi les secrets de l'alchimie?
- Bien sûr mon garçon l'alchimie, l'astrologie et toutes les autres sciences.

le petit pâtre de Belliac - II

Dès ce jour, Gerbert s'assombrit. Il s'ennuyait en ces murs de Saint Géraud. Il reprit un jour la route de l'espagne.
Il se joignit à des pèlerins venant du Puy. n'ayant au bout de quelques jours plus sous vaillant, il fut obligé de mendier sa pitance et coucher dans les granges. Il eut faim; il eut froid; il eut peur des loups sur les chemins de montagnes.


C'est avec une caravane de marchands qu'il finit par atteindre les murailles de Barcelone. Bien qu'il eut envie de crier "Noël! Noël" il se rappela qu'il se trouvait en terre des infidèles. Il se tut prudement. Avec force de persuasion et fréquentation de nombreuses écoles il apprit que des rabbin fort âgés résidant dans le quartier du port se rassemblaient pour mettre leurs connaissance en commun. gerber se rendit près d'eux.



En raison de sa jeunesse il dut déployer toute son habileté pour gagner leur confiance.


- Tu as voulu petit arverne connaître les secrets du monde et de la vie. Nous allons te mettre à l'épreuve. Si tu te montre digne de notre science, nous te révélerons des trésors qui te ferons maître du monde.

Ses maîtres ne tardèrent pas à découvrir les dons et l'intelligence du petit pâtre de Belliac.

Six mois après, il fut reçu dans le cercle fermé des maîtres de la loi, possesseurs du grand secret de la cabale.
Gerbert n'a jamais révélé ce secret. Il pourrait s'agir du secret du grand oeuvre. Secret que cherchèrent à percer durant tout le moyen âge alchimistes et magiciens.


Après cinq ans passés parmi les doctes maîtres de la religion juive, Gerbert revint dans son pays.

- Nous t'avons confié le don le plus précieux que puisse faire un homme à un autre homme. ne divulgue cependant à quiconque les secrets qui sont désormais ton bien.

Vas, mais prouve aux sots qui prient en leurs cloîtres qu'un homme peut s'élever au-dessus de la divinité elle-même.

le petit pâtre de Belliac - III





























Gerbert regagna donc la vallée encaissée de la Jordanne, cette jolie rivière qui traverse Aurillac. Il était en train de méditer à sa condition ancienne et contemplait les verts pâturages délaissés par lui ces années passées, quant un religieux de Saint Géraud qui passait, le reconnut.

- Gerbert! Est-ce bien toi? Te voici donc revenu au pays? Quelle joie ce sera pour le père prieur qui se désole de t'avoir perdu!!
- Je ne rentrerai pas à saint géraud, la science ne m'a pas perdu. J'ai étudié. J'ai compris la sottise et découvert le secret de la puissance. Rien, tu m'entends? rien ne peut plus me résister.
- Même Dieu?
- veut tu que je te manifeste ma puissance, là, à l'instant? Tu pourras comprendre et rapporter au prieur et à tous les moines qui croient étudier au scriptorium de l'abbaye qu'ils savent moins que rien et que toutes leurs connaissances n'approchent pas les miennes. Tiens regarde!!!





Et, murmurant des paroles cabalistiques Gerbert battit l'eau de la Jordanne d'une simple baguette de coudrier . Aussitôt on assistât à un bouillonnement un rugissement véritable. On vit s'élever des profondeurs de son lit, des paillettes brillantes semblables à de l'or. C'était bien de l'or que les flots du torrent charriaient effectivement.

- De l'or, de l'or!! murmura Gerbert. Je suis le maître de l'or.

Muet de stupeur le religieux regardait lui aussi et s'était extasié. S'étant avancé, il se pencha près du bord. Les pépites devenaient de plus en plus nombreuses. C'était un véritable fleuve d'or qui coulait désormais. Il poussa un cri d'angoisse. Débordant des rives, l'eau s'était mise à monter à une vitesse vertigineuse et se répandit bientôt dans la prairie.


- Sauvons nous, cria Gerbert. Tous deux se mettent à courir. Mais l'eau allait plus vite qu'eux.
S'ils avaient pu atteindre les contreforts de la montagne ils eussent été sauvés, mais l'eau en grondant entravait leur marche.

Un vieux chêne éployait ses ramures assez basses à quelques pas de là.
- Là! là! cria Gerbert, cet arbre, il faut l'atteindre et grimper sur ses branches.
A peine étaient-ils juchés que les eaux bouillantes l'avaient déjà cerné. Plusieurs branches étaient recouvertes par les eaux.

Désespéré par la vue de la vallée qui se couvrait d'or, le religieux fit un grand signe de croix. Alors, nouveau miracle, l'eau s'arrêta net. Les flots se calmèrent peu à peu et cessèrent de mugir. La Jordanne apaisée rentrait à nouveau dans son lit, aussi vite qu'elle en était sortie. Les pépites disparaissaient peu à peu, pâlissant, se diluaient en une simple frange d'écume.

Eh bien, gerbert fit le religieux, tu as sans doute acquis une science merveilleuse, mais en délivrant les forces diaboliques as tu, pauvre apprenti sorcier oublié la puissance divine?




Gerbert ne répondit rien. sa science de la cabale lui paraissait désormais aussi vaine que dangereuse.

- Mon père si vous croyez qu'on veuille encore de moi. dans l'abbaye, je suis prêt à franchir pour toujours les murs du monastère. Et vous n'aurez religieux ou simple convers plus soumis et plus respectueux que moi.

- Gerbert! nous n'avons jamais cessé de t'attendre.

L'ancien pâtre passa donc à nouveau les murs de Saint Géraud. Il fut accueilli avec joie. mais il disparut ainsi du monde et on n'entendit plus parler de lui. Il avait volontairement oublié le secret du grand oeuvre. Et avec lui ce secret que le moyen âge devait chercher, fut définitivement perdu. Car peu de temps après, au cours de troubles, les musulmans de Barcelone massacrèrent le collège des docteurs juifs qui le détenaient et l'avaient révélé à Gerbert.

Et il n'est de toute cette aventure, resté qu'un témoignage très véridique. certains jours, la paisible Jordanne se met à couler plus vite et ses eaux prennent des reflets brillants, comme si elle roulait encore des paillette d'or, les paillettes de Gerbert


Si, souvent les légendes de la France profonde nous content des histoires erronées, la légende se trompe sur un point. Gerbert n'est pas resté dans l'oubli. Il est devenu pape sous le nom de Sylvestre II. Mais c'est vrais, la Jordanne prend toujours, certaines nuits de pleines lune des couleurs de miel, et les aurillacois (les goudots) qui étaient de grands naïfs venaient alors pêcher sur ses rives. les gens de la campagne les appelaient "les goundots pesca luno". (se prononce "Gouwdo pesquo luno").